Liberté de Presse en Guinée : Levons les tabous

A l’occasion de la tenue des 46ème assisses de presse francophone en Guinée du 20 au 25 Novembre, nous nous donnons le devoir de critiquer la presse locale dans son ensemble. Loin d’un procès contre le métier que nous exerçons depuis une décennie (10 ans), nous apportons plutôt une critique objective qui devrait contribuer à la réorganisation de ce secteur qui joue un rôle important dans tout Etat de droit et dans une véritable démocratie.

Pour commencer, nous vous parlerons d’un genre journalistique naguère chasse gardée d’une certaine catégorie de  journalistes ayant une certaine expérience dans le métier : L’analyse. Malheureusement, celle-ci se repend à la vitesse de la lumière et a été profanée et vidée de tous son sens original par certains journalistes guinéens qui foulent au pied la déontologie et l’éthique. C’est particulièrement le constat dans certaines radios et télévisions qui ont pignon sur rue. Nous ne voulons pas jeter l’opprobre sur l’audio visuel.  Mais un fait saute à l’œil, depuis un certain temps, toutes les radios ou presque privilégies une émission qu’elle soit appelée « Grandes gueules » sur espace Fm, « Les experts » sur Sabari fm ou « Africa 2015 » sur Nostalgie etc ., dans la quelle des journalistes de la rédaction, le directeur de la radio se réunissent autour d’un plateau en grands analystes ou commentaires pour pomper des sujets de l’actualité de leurs choix. Ajouter à cette équipe des journalistes autoproclamés ou venus au métier par effraction ignorant tout de son fonctionnement et qui se font une place dans cet univers de confusion. Conséquence, place aux rumeurs, aux intox, aux diffamations, entre autres dérapages.

Ceci étant, tant que les informations sont recoupées et vérifiées avant d’être diffusées, il n’y a aucun problème du point de vue professionnel mais seulement ce n’est pas le cas.  Ce qui est de plus regrettable dans la plupart de ces émissions, c’est qu’elles sont des véritables lieux d’arnaque des entreprises et des sociétés étatiques, des cadres et des autorités à la base. Des tribunes de règlement de compte entre acteurs politiques et pouvoir, entre citoyens. Du coup, cela engendre la « presse Business », la toute nouvelle forme d’escroquerie en gestation en Guinée.

Du fait des fautes graves, certains hommes de médias ont été interpellés par la police ou la gendarmerie à cause de leurs propos jugés incongrus à l’égard de tel ou tel. Alors que d’autres ont été jugés et condamnés. A ce niveau certains citoyens se résignent à dire que c’est une tentative de musèlement de la liberté d’expression. A chacun sa raison. Mais que dire des ratés et des manquements enregistrés à longueur de journée dans la presse. Là, nous ne vous citerons pas le rôle « des mille collines » dans la guerre civile au Rwanda.

En conclusion, le métier de journaliste exige qu’on fasse violence sur soi quand on a en face certains sujets. C’est là que pèse la notion de l’éthique. L’analyse, ce genre journalistique mérite qu’on y réfléchisse pour limiter les dégâts car comme l’a dit l’autre: »la parole du journaliste c’est comme une balle, quand on la laisse personne ne peut plus l’arrêter ». Nous interpellons sur la place qu’occupe aujourd’hui l’analyse et le commentaire dans la presse globalement.

Moussa Diawara

 

Moussa Diawara
Journaliste reporter d'images, administrateur Gl à reporterguinee.net Aime le voyage, la lecture, la découverte et le sport